Carnet d'humeurs

Un carnet d'humeur au fil des jours : réflexions, poèmes, photos, envies, comment vivre un cancer du sein, combat quotidien, rester femme et mère malgré tout, coups de gueule et pieds de nez

23 octobre 2010

865 - Une drôle de sensation... un drôle de sentiment...

deprime01
(photo prise sur le net)

Voilà quelques temps déjà que je n'arrive pas à tout bien analyser chez moi, à bien comprendre ce qui se passe en moi. Par moment il y a des hauts et par moment il y a des bas... et quand je suis en bas, je suis plus bas que bas.

Pourtant apparement tout va pour le mieux. Les analyses (les dernières) étaient bonnes. Les médecins sont satisfaits des résultats, le protocole allégé se poursuit sans encombres. Donc normalement je devrais me sentir légère, presque aérienne. Mais pas du tout et loin de là.

Un peu comme un sentiment de lourdeur, d'incompréhension, de mal partour et surtout dans ma tête. Une impression de ne pas être à ma place, pas au bon moment, pas tout le temps. Et puis je ne supporte plus d'avoir mal, au moral comme au physique. Je ne veux plus (ça au moins je le sais) de douleurs, de "brutalité" dans mon corps, de "trop", non je le rejette, je ne l'admets pas, je ne le supporte plus.... je crois bien que c'est là la seule chose que je sais au fond de moi.

Par exemple, hier, pas plus tard qu'hier, j'avais rendez-vous chez mon petit frère le dentiste... mon frère !!! donc confiance, donc cool, pour une petite bricole tout simple : remettre en place un bridge qui avait joué les filles de l'air. A priori rien de bien extraordinaire, rien de bien douleureux. Oui mais voilà c'était sans compter, ma bouche plus que sèche, mes lèvres plus que déshydratées et super fragiles surtout aux commissures et rien n'y fait... elles ont craqué, fendillé, abimé... et pourtant il (le dentiste, mon petit frère) a été d'une douceur incomparable. J'ai eu mal, j'ai crié et j'ai pleuré aussi, des larmes de crocodiles impossible à endiguer, impossible à arrêter (mauvais côté de la journée). Heureusement qu'il y en a eu un bon tout de suite derrière (et celui là m'a redonner envie de continuer). A peine sortie du cabinet dentaire, qu'un coup de klaxon nous fait stopper (nous c'est Claude et moi)... Mimi était là, elle montait à la Maison Jaune par le chemin des écoliers et nos chemins se sont croisés (une fois encore, un rayon de soleil)... petit bonheur du jour que j'ai pris en plein coeur.

Comme expliquer cette impression de ne pas être à ma place chez moi?, de ne pas pouvoir ou savoir apprécier le quotidien qui a été le mien pendant des années?, comment me sentir bien dans ce qui a été mon univers jusqu'à maintenant et que j'appréciais puisque je l'avais fait mien?.

Ai-je donc tant changé que ça? Au point de ne plus reconnaitre, admettre, aimer, ce qui a été ma vie jusqu'à maintenant. Je ne me sens bien que dehors, ailleurs. Je ne me sens bien qu'entourée, dans le "bruit", le mouvement...

Je sais que j'ai changé, je le sens, je me suis pas idiote... mais ce changement là, il n'y a que très peu de temps que je l'ai découvert. Je suis encore sous le choc !!!

Et puis, ce matin j'ai découvert ou plus exactement je découvert le blog d'une jeune femme, Elle est folle celle là, qui est passée par le même chemin que moi, j'ai lu ces derniers articles que j'avais volontairement ou non (je ne sais pas) zappé et ces mots m'ont interpellée, touchée, émue. L'article qui m'a fait réagir s'appelle : "Cancer et syndrome de Lazare"... ils m'ont parlé de moi et voilà de que je lui ai répondu:

"Il y avait longtemps que je n'étais pas venue chez toi, peut être par peur, par lâcheté mais je viens de te lire, de lire les derniers articles de ton blog et surtout celui là... et j'ose le dire, même si j'ai repiqué à toute cette croisière, même si je me bats pour la 2ème fois avec rage et avec force, je me reconnais dans tous tes mots. Je connais cet état de fait et de choses dans lequel on est "nous" et bien qu'ailleurs, un ailleurs que parfois, par moment on a du mal à définir, un peu comme si le quotidien était trop banal à supporter, comme si nous étions à la recherche d'extraordinaire, de sensationnel, de supérieur... je connais ce malaise et ce mal être qui par moment nous ronge et nous fait passer auprès de nos proches pour d'éternelles insatisfaites... mais le principal n'est-il pas d'avancer et nous avançons tout de même. Nous trouvons toujours le moyen de relever la tête, de regarder droit de devant nous. Nous avons au moins appris quelque chose. Je t'embrasse
Amicalement
Béatrice
Carnet d'Humeurs
Grenier de Farfalle"

Voilà il me faut encore creuser tout ça... trouver une solution, chercher une issue. Peut être en parler à quelqu'un, à un(e) spécialiste... mais me mettre à nu une fois encore, une fois de plus et moralement cette fois, je ne sais pas si j'en aurai le courage.

Allez Matelot, tu ne vas pas flancher maintenant... Tiens bon la barre et l'horizon s'éclaircira !!!

Posté par Béatrice à 07:20 - Humeur du Jour - C'est ici qu'on papote[15] - Permalien [#]

Commentaires

    Je suis d'abord passée par "Le grenier de Farfalle" et j'ai vu tes superbes photos qui pour moi évoquent la paix intérieure. Puis je lis ceci et je sens ta lutte au quotidien, tes espoirs, tes doutes, ton rejet de cette souffrance qui t'accompagne depuis longtemps.Je pense fort à toi et me sens si impuissante à te dire les mots qu'il faut..... Je t'embrasse.

    Posté par Clarine13, 23 octobre 2010 à 09:15
  • bonjour

    je viens de te lire et te dire courage béa, oui courage tu en as eu déja tellement depuis ce temps que tu as le droit de temps en temps de baisser les bras
    aller matelot courage
    gros bisous soleil depuis la bourgogne

    Posté par babette, 23 octobre 2010 à 10:11
  • http://poussieredusud.over-blog.com/

    Tes humeurs si elles ne sont parfois pas bonnes , ne le sont que contre toi & avec une révolte d'injustice bien compréhensible . Béatrice , je crois que c'est normal ce qui se passe en toi . Bien sûr le cancer ne m'a pas touché , par contre mon mari en a eu un , il a été opéré , on lui a enlevé un rein qui était bouffé , mais lui , ça l'a rendu méchant & seulement envers moi comme si c'était de ma faute & depuis je ne suis pas très heureuse , on dirait que c'est moi qui lui ai mis ça . Des fois , je ne sais plus quoi faire devant autant de haine . ............. Courage . Bises . Babette

    Posté par Babette, 23 octobre 2010 à 19:24
  • Aller Matelot

    Me voilà prise au dépourvu en lisant ces lignes... J'ai confiance en toi, je sais que tu possèdes une qualité extraordinaire que peu d'individus ne possèdent. Tu aimes aider les autres donc tu es une personne généreuse en qui l'on peut compter. Et si on a tant confiance en toi, c'est parce que tu es une personne FORMIDABLE. Je te fais de grosses bises.

    Posté par domidessins, 23 octobre 2010 à 21:42
  • Très intéressant ce syndrome de Lazare. Je n'en avais jamais entendu parler alors qu'il m'apparaît que je suis clairement dans le champ du sujet
    Quand je disais que mon accident a changé ma vie… C'est éclairant, Merci beaucoup Béa !

    Posté par Marcus, 24 octobre 2010 à 00:04
  • Personne ne peut être dans ta tête sauf une personne y étant passée. Mais si je peux me permettre de te donner mon avis c'est une situation "normale" quant on s'est battu si longtemps. Tu as peut être envie de VIVRE tout simplement, comme ton amie (que j'ai lue avant ton carnet d'humeur, comme par harsard !). Pour le moment, plus envie de calme, repos dans le fauteuil, tristesse, mal, douleur, mais de vie, joie, de grands espaces, bruits joyeux, douceur, amour. Je ne suis pas spécialiste, mais c'est ce que je ressens là tout de suite en pensant à toi. ALors à mon avis tu es tout à fait normale. Il suffit de provoquer ces moments. Enormes bisous ma Douce Béatrice. Marie Claude

    Posté par Marie Claude, 24 octobre 2010 à 13:10
  • Ahhh Béatrice,
    Moi aussi je suis parfois bien lâche de ne pas lire, de ne pas dire, de ne pas soutenir...

    Comment affronter ces moments difficiles où l'inconnu c'est nous même ?

    Je n'ai pas de recette magique. Se faire aider s'il le faut, oui, ça il ne faut pas hésiter.

    Moi j'ai l'impression que je vais arriver à faire face. Et ce qui m'a beaucoup beaucoup aidé à ça, ça à été de m'exprimer. Faire le point...
    J'ai relu mon blog, ce que j'avais traversé, bêtement pleuré et puis, l'apaisement, un vide à contruire et enfin l'envie de le faire, tu comprends j'en suis sûre.

    Sauf que toi, tu es revenue au combat, et que cette quête du "toi" c'est de l'énergie en plus.

    S'il te plait, fais toi épauler, décharges, aller, un bateau ne prends pas la mer sans un bon équipage...

    Bisous
    Tili

    Posté par Tili, 24 octobre 2010 à 21:41
  • je te lis et relis et ces mots font echos...allez matelot va de l'avant prend le large pose des bagages ici et là...
    bises pour de douces nuits

    Posté par lou, 25 octobre 2010 à 04:01
  • Je t'embrasse Béa, tu surmonteras tout cela, comme le reste. Bisous.

    Posté par Poésie, 25 octobre 2010 à 08:05
  • Je le supporte (mal) ce Lazare qui m'accompagne depuis mon infarctus et qui est un peu top présent en ce moment.... Si on leur offrait un voyage au Groenland, à nos Lazare????? Je t'embrasse...

    Posté par dany, 29 octobre 2010 à 14:52
  • courage béa

    je comprend ton désarroi et c'est normal,mais tu es une battante et une personne formidable allez accroches toi ,on est là pour te soutenir à notre façon car nous sommes si impuissants devant cette lutte,mais tu es une personne exceptionelle alors change toi un peu les idées loin de marseille ça va aller béatrice
    je t'embrasse très fort et suis de tout coeur à tes cotés
    ton amie marianne

    Posté par marianne, 30 octobre 2010 à 14:11
  • En lisant tes mots, je peux comprendre ton sentiment, ton envie d'autre chose, ton impression que ta vie tu ne la vis pas bien et que tu as envie d'autre chose mais quoi tu ne le sais pas. Un malaise indéfinissable que je peux comprendre. Mais tu sais déjà le fait d'en parler, c'est beaucoup, tu arrives à poser des mots sur un papier et c'est déjà un grand pas. Je suis sûre que ce blog t'aide beaucoup. Ne t'angoisse plus, tu es sur la bonne voie pour ta maladie, bientôt tu retrouvera ta joie de vivre, c'est un souhait sincère que je formule. Je t'embrasse ma chère Béa.

    Posté par Minie, 03 novembre 2010 à 05:32
  • C'est bien déjà d'en prendre conscience et de te rendre compte que tu n'es pas toute seule à ressentir cela. Dès lors qu'un matelot a pris le large, n'est-il pas normal que le quotidien lui devienne ensuite étroit ? c'est certainement normal, en parler est une très bonne idée, mais ce qui est rassurant c'est qu'il y a certainement des remèdes, comme tes escapades en Provence ou des escapades plus lointaines... et pourquoi pas écrire un livre ? - Bises - Claude

    Posté par claude, 03 novembre 2010 à 07:34
  • Hello Béa

    Mais comment voudrais-tu qu'il en soit autrement ?
    Mais tu aimerais exorciser cette deuxième personne qui te colle à la peau et qui n'arrive pas à s'en détacher.
    Quand cette maladie s'installe une fois et recommence une deuxième fois, on a que ses propres armes pour lutter.

    Le fait de sortir de chez toi donne justement l'impression que tu vis autre chose qui t'es absolument vital, tu as besoin de ce face à face avec toi même et ton autre, et toi seule peut le comprendre.
    Et puis il y a les maux de l'esprit et les autres qui sont là aussi et arrivent par surprise, ce n'est pas une mince affaire mais je trouve et ne suis pas la seule que tu es une vraie battante.
    Nous avons pu le constater depuis longtemps. Je te connais mieux à présent, l'enveloppe est fragile mais le corps et la raison se battent, et s'il y avait des JO, tu gagnerais BEA.
    Si ces escapades te font du bien alors ne t'en prive pas, quand aux mots couchés sur ce blog , il est bon de s'extérioriser et puis nous y sommes attentifs.
    Courage Capitaine , combien de matelots sont présents sur le quai et t'accompagnent avec leur paquetage.
    Je t'embrasse aussi fort que l'amitié que j'ai pour toi.

    Posté par luluberlue06, 10 novembre 2010 à 08:20
  • allez ose!!!

    si je peux me permettre un petit grain de sel....
    quand la vie nous met de grandes claques pour essayer de nous faire tomber, on veut une revanche!
    on veut bruler la chandelle par les deux bouts car notre existence a été mise entre parenthése pendant un moment: tu ne peux pas être dans la maladie et dans le quotidien, tu ne vis pas une chose banale donc tu ne dois pas compenser par des choses banales qui autrefois te satisfaisaient pleinement.
    et puis, qui te dira quelque chose si tu décide de vivre à 200/heure, de sortir, de voir du monde, de s'abrutir de sons, d'odeurs, de rire: carpe diem!!!!
    profite, fait toi plaisir et comme le dis la chanson de France Gall :

    Résiste
    Prouve que tu existes
    Cherche ton bonheur partout, va,
    Refuse ce monde égoïste
    Résiste
    Suis ton cœur qui insiste
    Ce monde n'est pas le tien, viens,
    Bats-toi, signe et persiste
    Résiste

    une nouvelle Béa est en train de naître et comme un nouveau né, il faut crier pour remplir ses poumons de ce nouvel air

    Posté par guylou, 14 novembre 2010 à 12:17

Un papotage à faire